La fraternité et la feuille de lotus

2 Déc

La maçonnerie est universelle et c’est ce que s’attache à mettre en lumière la loge de mission Lumière du Vietnam. A l’occasion d’une conférence qu’elle a organisée récemment, les intervenants n’ont eu de cesse d’évoquer la maçonnerie dans les anciennes colonies françaises, de présenter le parcours atypique et complexe du F.’. Ho Chi Minh (dont la traduction du nom signifie “Le Clairvoyant”), ou de rapprocher les philosophies extrêmes orientales des valeurs portées par la franc-maçonnerie. A cette occasion, le musée dévoila aux yeux du public présent les pièces évoquant ou s’inspirant de l’Asie : boîtes japonaises laquées incrustées de nacre représentant des décors au tapis de loge, faïence traçant le temple maçonnique sous la forme d’une architecture chinoise aux fines colonnes et au toit recourbé, sautoirs de hauts grades de la loge La Fraternité Tonkinoise du Grand Orient de France à l’Orient de Hanoï qui oeuvra de 1887 à 1939, etc. Mais c’est sans doute la médaille de ce même atelier qui marque son originalité, unissant l’Extrême Orient à l’Occident : deux dragons émaillés s’enroulent autour des branches ouvertes du compas posé sur l’équerre tandis qu’une poignée de mains visible au centre de l’union des outils symboliques souligne l’image de la fraternité des peuples.

Si les actions des loges indochinoises sont avant tout philanthropiques, qu’elles s’engagent dans le combat pour l’instruction ou tentent de contrer les influences de l’Église, force est de constater que peu de colonisés sont initiés aux mystères de l’ordre. Malgré les nombreuses hésitations voir parfois l’hostilité de certains maçons d’initier des “indigènes” craignant de voir émerger ainsi “des foyers de combat contre la domination française », c’est bien l’incompatibilité aux yeux des colonisés d’adhérer aux valeurs maçonniques portées par ces mêmes colonisateurs qui freina l’expansion des loges en Asie.

Au regard des idéaux maçonniques véhiculés par les Frères dans la société française actuelle, le décalage semble considérable avec les actes des maçons présents alors dans les colonies. Il ne faut, toutefois pas ignorer qu’à travers l’histoire les maçons restent malgré tout porteurs des principes de leurs temps indépendamment de leurs engagements professionnels…mais “la vraie faute est celle que l’on ne corrige pas” (Confucius). Or, la maçonnerie n’a eu de cesse depuis trois siècles d’œuvrer pour la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité, en travaillant à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.

Biblio :

Fraternité Tonkinoise (1887-1939) : Monographie d’une loge coloniale, Histoire des frères-colons d’Hanoï, Julien Mercier, Mémoire présenté pour la Maîtrise d’Histoire, sous la direction de Jacqueline Lalouette, 230 p. Université Paris-Nord 2003.

La guerre d’Indochine, 1945-1954, Jacques Dalloz, Le Sueil, Paris, 1987 Francs-Maçons d’Indochine, 1868-1975, Jacques Dalloz, EDIMAF, Paris, 2002

La répression coloniale au Vietnam (1908-1940), Patrice Morlat, L’Harmattan, Condé-sur-Noirau, 1990

La Question religieuse dans l’empire colonial français, sous la direction de Patrice Morlat, in les Indes savantes, Bonchamp-lès-Laval, 2003

Les Grands Commis de l’Empire colonial français, sous la direction de Patrice Morlat, in les Indes Savantes, Poiré-sur-Vie, 2010


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