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Henri de Rochefort : un polémiste controversé

6 Jan

Le musée reçoit parfois en dépôt des objets provenant de collectionneurs ou bien de loges souhaitant sauvegarder dans les meilleures conditions le patrimoine acquis au fil du temps et abrité dans leurs locaux. Parmi les pièces récentes venues compléter récemment le fonds muséal se trouve un médaillon en bronze représentant Henri de Rochefort, œuvre mise en dépôt par la Loge Libres Citoyens du Monde à l’Orient de Nouméa en Nouvelle Calédonie.

Journaliste (Le Figaro, La Lanterne, La Marseillaise, …) et homme politique actif, Henri de Rochefort (1831-1913) s’engage, à l’image de Victor Hugo, dans le combat contre l’Empire de Napoléon III. Ses engagements, ses choix politiques et ses écrits polémistes le mèneront à maintes reprises au cours de sa vie à l’exil ou en prison. L’une de ses incarcérations les plus fameuses l’expédie vers l’archipel océanien. Condamné en effet à la déportation suite à ses implications sous la Commune, il quittera la France durant l’été 1873 sur le même navire qui emmena vers Nouméa d’autres Communards, telle Louise Michel. Il s’évadera du bagne de Nouvelle Calédonie en mars 1874 grâce, sans doute, à l’aide fournie par des maçons australiens. Cet événement unique, et controversé quant au rôle que s’attribua Rochefort, dans l’histoire du bagne sera représenté, quelques années plus tard, sur une toile du peintre Edouard Manet, intitulée « L’évasion de Rochefort », conservée de nos jours au Kunsthaus de Zurich.

De retour en France, la carrière politique de Henri Rochefort est houleuse, marquée par de nombreux points noirs. Il apporte entre autres son soutien au Général Boulanger ou se révèle antisémite lors de l’affaire Dreyfus.

Son engagement maçonnique fut bref, puisqu’il fut initié le 17 novembre 1870 à la loge Les Amis de la Patrie à l’Orient de Paris, mais semble prendre ses distances avec l’ordre à son retour d’exil du bagne.

Une exposition maçonnique à ne pas manquer à Strasbourg

1 Nov

À l’occasion du 200e anniversaire de la fondation de la loge « historique » de Strasbourg en 1811, le Musée Historique de la Ville de Strasbourg et Les Frères Réunis ont souhaité faire découvrir la vie de la Franc-maçonnerie strasbourgeoise au XIXe siècle. L’exposition Les Frères Réunis à Strasbourg, une loge maçonnique engagée présente, avec une scénographie très réussie, un important fonds maçonnique… resté dans l’ombre des réserves depuis des décennies. C’est donc une collection complètement inconnue jusque-là que peut découvrir le visiteur. Collection variée comprenant bien sûr de beaux spécimens de décors et de bijoux maçonniques mais aussi des éléments de mobiliers (un superbe plateau de vénérable, peut-être « XVIIIe » ? Une « cathèdre » Retour d’Égypte, des « colonnes »… ) ainsi qu’une large variété de documents : patentes, certificats (un rare et remarquable diplôme de 90e de Misraïm de 1822 signé des Bedarrides eux-mêmes), tableaux de loges et ouvrages imprimés (plusieurs grands imprimeurs strasbourgeois appartenaient à la loge). La plupart de ces pièces proviennent du legs Paul Gerschel, l’histoire de cette donation et en soit émouvante. En 1871, le plus jeune membre de la loge, forcée de fermer ses travaux par l’annexion de l’Alsace, aurait été chargé de conserver, en vue de jours meilleurs, le patrimoine de l’atelier. Passée ensuite à son fils, lui aussi probablement maçon, la collection est finalement donnée à la Ville de Strasbourg.

L’exposition fait l’objet d’un très beau catalogue et d’un numéro spécial des Chroniques d’Histoire Maçonnique (n°69)

Le tableau de la déclaration des droits de l’homme : une œuvre maçonnique ?

14 Oct
La déclaration des droits de l’Homme par Le Barbier (1789)

Le célèbre tableau attribué à Jean-François Le Barbier l’Ainé représentant, dans un décor symbolique, les 17 articles de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen est une pièce importante de l’iconographie de la Révolution Française. C’est aussi une œuvre clef pour tenter de cerner les liens entre la symbolique révolutionnaire et la Franc-maçonnerie. Selon la formule classique, cette peinture était célèbre mais finalement assez mal connue. La Revue des Musées de France-Revue du Louvre vient de lui consacrer une étude passionnante due à la plume de Julie Viroulaud sous le titre Jean-Jacques François Le Barbier L’Ainé et les francs-maçons : autour d’une œuvre d’inspiration maçonnique, La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. L’auteure rappelle que le tableau de Le Barbier fut à l’époque abondamment diffusé dans le public par de nombreuses estampes : Eau-fortes, « images d’Epinal »… et même papiers peints ! L’Assemblée nationale lui donna un statut quasi officiel. D’emblée la présence du delta rayonnant, des deux colonnes et de l’ouroboros a suggéré un rapport avec la symbolique maçonnique. Le Barbier était-il maçon et la peinture doit-elle être lue comme une œuvre maçonnique ? C’est tout l’enjeu de cette étude. Après avoir présenté les emprunts du peintre au vocabulaire iconographique de la Franc-maçonnerie, Julie Viroulaud s’attache à explorer les liens éventuels de Le Barbier avec les loges. On ne le retrouve pas dans les listes classiques de Maçons du XVIIIe siècle, mais celles-ci sont incomplètes puisque les archives sont lacunaires. En revanche, Le Barbier a été à plusieurs reprises associé aux travaux publiés par la loge Les Neuf Sœurs… dont malheureusement les archives ont presque complètement disparues, rendant impossible, pour le moment, la démonstration incontestable de sa qualité maçonnique. Mais devant tant de coïncidences… l’opinion du lecteur est faite. Voilà en tout cas un article important à lire absolument et à mettre dans ses dossiers.

http://www.rmn.fr/francais/acheter/un-livre-une-revue/le-petit-journal-et-les-revues-191/la-revue-des-musees-de-france

Une grande exposition sur le Frère Casanova

30 Sep

La BnF a eu l’opportunité d’acquérir le splendide manuscrit, écrit en français, de l’Histoire de ma vie de Giacomo Casanova (né à Venise en 1725, mort à Dux, en Bohême en 1798). Pour célébrer cet événement, elle vient d’annoncer la tenue d’une grande exposition « Casanova, la passion de la Liberté » qui se tiendra du 15 novembre 2011 au 19 février 2012… à vos agendas !

Homme des Lumières par excellence, Casanova a bien sûr été maçon. Il le relate dans ses mémoires. Mais on sait moins qu’il y a aussi écrit quelques unes des lignes les plus profondes sur la Franc-maçonnerie. Profitons de l’occasion pour rappeler ce beau texte :

« Un respectable personnage, que j’ai connu chez M. de Rochebaron me procura la grâce d’être admis parmi ceux qui voient la lumière. Je suis devenu franc-maçon apprenti. Deux mois après, j’ai reçu à Paris le second grade et quelques mois après la maîtrise […] Il n’y a pas d’homme qui parvienne à savoir tout ; mais tout homme doit aspirer à tout savoir. Tout jeune homme qui voyage, qui veut connaître le grand monde, qui ne veut pas se trouver inférieur à un autre et exclu de la compagnie de ses égaux dans le temps ou nous sommes, doit se faire initier dans ce que l’on appelle la Franc-maçonnerie, quand ce ne serait que pour savoir au moins superficiellement ce que c’est. Il doit cependant faire attention à bien choisir la loge dans laquelle il veut être installé, car malgré que la mauvaise compagnie ne puisse agir en loge, elle peut cependant s’y trouver, et le candidat doit se garder des liaisons dangereuses. Ceux qui ne se déterminent à se faire recevoir maçon que pour parvenir à savoir le secret peuvent se tromper, car il peut leur arriver de vivre cinquante ans maître maçon sans jamais parvenir à pénétrer le secret de cette confrérie. Le secret de la maçonnerie est inviolable par sa propre nature, puisque le maçon qui le sait ne le sait que pour l’avoir deviné. Il ne l’a appris de personne. Il l’a découvert à force d’aller en loge, d’observer, de raisonner et de déduire. Lorsqu’il y est parvenu, il se garde bien de faire part de sa découverte à qui que ce soit, fût-ce à son meilleur ami maçon puisqu’il n’a pas eu le talent de le pénétrer, il n’aura pas non plus celui d’en tirer parti en l’apprenant oralement. Ce secret sera donc toujours secret. Tout ce qu’on fait en loge doit être secret ; mais ceux qui par une indiscrétion malhonnête ne se sont pas fait un scrupule de révéler ce qu’on y fait n’ont pas révélé l’essentiel. Comment pouvaient-ils le révéler s’ils ne le savaient pas S’ils l’avaient su, ils n’auraient pas révélé les cérémonies. » (Casanova, Histoire de ma vie, Paris, Robert Laffont, 1993, collection « Bouquins », T.I, p. 553.)

http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_expositions/f.casanova.html

Nous reviendrons au moment de l’exposition sur le parcours maçonnique de Casanova qui présente quelques points intéressants.

(A suivre…)

Le Grand Orient chez les Jésuites !

23 Sep

Page du "Tableau de Paris" de Louis-Sébastien Mercier consacrée à l'installation du GODF

Document irremplaçable et témoignage… (non j’arrête c’est la notice Wikipédia !). Publié à partir de 1781, le Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) se lit comme un reportage sur la vie dans la capitale pendant les années qui précèdent la Révolution.  Au fil de courts chapitres (assez proches dans l’esprit des modernes posts de nos blogs) Mercier décrit les métiers, les lieux, les types sociaux, les événements… tout ce qui lui paraît caractéristique de la vie parisienne de son temps. Cette véritable enquête est aujourd’hui considérée comme un classique de la littérature française du XVIIIe siècle. Or Mercier, qui est Maçon et membre de la loge Les Neuf Sœurs, a consacré quelques pages de sa vaste fresque au bâtiment dans lequel s’installe le Grand Orient en 1778. Le texte ne manque pas de piquant. Il faut dire que les dignitaires maçonniques avait loué… l’ancien noviciat des jésuites ! Voilà de quoi mettre en joie l’alerte plume de notre chroniqueur :

« O changement ! O instabilité des choses humaines ! Qui l’eut dit ! Que des loges de Francs-maçons s’établiraient rue du Pot de Fer, au Noviciat des Jésuites, dans les même salles où ils argumentaient en Théologie ; que le Grand Orient succéderait à la Compagnie de Jésus ; que la loge philosophique des Neuf Sœurs occuperait la chambre de méditation des enfants de Loyola ; que Mr. De Voltaire y serait reçu Franc-maçon en 1778 ; & que Mr. de la Dixmerie lui adresserait ces vers heureux : « Qu’au seul nom de l’illustre Frère/ Tout Maçon triomphe aujourd’hui/S’il reçoit de nous la Lumière/ Le monde la reçoit de lui ». Que son éloge funèbre & que son apothéose enfin se célèbreraient avec la plus grande pompe, dans le même endroit où l’on invoquait Saint François Xavier. O renversement ! Le vénérable assis à la place du père Griffet : les mystères maçonniques remplaçant… je n’ose achever. Quand je suis sous ces voûtes inaccessibles aux grossiers rayons du soleil, ceint de l’auguste tablier, je crois voir errer toutes ces ombres jésuitiques, qui me lancent des regards furieux et désespérés, dans la même salle où on l’avait tant de fois maudit théologiquement. Ainsi l’a voulu le Grand Architecte de l’Univers ; il fut loué d’avoir combattu pendant soixante ans le fanatisme et la superstition… »

L’ancien Noviciat des jésuites, où siégea le Grand Orient jusqu’en 1793, était à peu près à l’endroit où se trouve aujourd’hui le commissariat de police de la place Saint-Sulpice. Le bâtiment, et la rue du Pot de Fer elle-même, ont disparu dans les travaux haussmanniens du Second Empire. On notera qu’un certain anticléricalisme souvent associé à la Maçonnerie de la Troisième République avait des précédents !