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Héraldique maçonnique

9 Déc

Armoiries du grade de Kadosh d'après Bouilly

Le Musée de la Franc-maçonnerie conserve une série de gouaches de blasons des hauts grades du Rite Écossais Ancien Accepté. Une rapide étude permet de découvrir qu’ils sont identiques à ceux publiés par Jean-Nicolas Bouilly en 1837 dans « L’explication des douze écussons qui représentent les emblèmes et les symboles des douze grades philosophiques du Rite écossais dit ancien et accepté ». Nos gouaches sont-elles directement inspirées de l’ouvrage de Bouilly ou, au contraire, en sont-elles les originaux ? C’est difficile à dire. C’est en tout cas l’occasion de rappeler que, depuis le XVIIIe siècle, il existe une tradition d’héraldique maçonnique. Bien qu’affaiblie, elle se maintint au XIXe siècle, en particulier dans les hauts grades. Les « écussons » de Bouilly en sont l’un des plus notables témoignages. Bien sûr, comme une large part de l’héraldique du XIXe siècle – à commencer par l’héraldique impériale dont on peut ici percevoir quelques rappels – les armoiries proposées par l’Ill:. F:. Bouilly (il était l’un des principaux dignitaires du G:.O:.D:.F:. ) prennent de grandes libertés au regard des règles de la « Science Héroïque ». La mise en armoiries des symboles des grades vise d’abord à souligner leur dimension chevaleresque. De plus, depuis la Renaissance, la littérature héraldique affirme que le blason a un « sens mystique ». Le travail de Bouilly a d’ailleurs retenu l’attention d’auteurs versés dans l’ésotérisme. Ainsi, René Guénon le cite longuement dans « L’ésotérisme de Dante », il y voit une preuve de « la connexion entre les ordres de chevalerie et l’hermétisme ». Les commentaires dont Bouilly accompagne les blasons résument en partie les idées développées par Vassal dans son Cours complet de Maçonnerie ou Histoire générale de l’initiation…

Une grande exposition sur le Frère Casanova

30 Sep

La BnF a eu l’opportunité d’acquérir le splendide manuscrit, écrit en français, de l’Histoire de ma vie de Giacomo Casanova (né à Venise en 1725, mort à Dux, en Bohême en 1798). Pour célébrer cet événement, elle vient d’annoncer la tenue d’une grande exposition « Casanova, la passion de la Liberté » qui se tiendra du 15 novembre 2011 au 19 février 2012… à vos agendas !

Homme des Lumières par excellence, Casanova a bien sûr été maçon. Il le relate dans ses mémoires. Mais on sait moins qu’il y a aussi écrit quelques unes des lignes les plus profondes sur la Franc-maçonnerie. Profitons de l’occasion pour rappeler ce beau texte :

« Un respectable personnage, que j’ai connu chez M. de Rochebaron me procura la grâce d’être admis parmi ceux qui voient la lumière. Je suis devenu franc-maçon apprenti. Deux mois après, j’ai reçu à Paris le second grade et quelques mois après la maîtrise […] Il n’y a pas d’homme qui parvienne à savoir tout ; mais tout homme doit aspirer à tout savoir. Tout jeune homme qui voyage, qui veut connaître le grand monde, qui ne veut pas se trouver inférieur à un autre et exclu de la compagnie de ses égaux dans le temps ou nous sommes, doit se faire initier dans ce que l’on appelle la Franc-maçonnerie, quand ce ne serait que pour savoir au moins superficiellement ce que c’est. Il doit cependant faire attention à bien choisir la loge dans laquelle il veut être installé, car malgré que la mauvaise compagnie ne puisse agir en loge, elle peut cependant s’y trouver, et le candidat doit se garder des liaisons dangereuses. Ceux qui ne se déterminent à se faire recevoir maçon que pour parvenir à savoir le secret peuvent se tromper, car il peut leur arriver de vivre cinquante ans maître maçon sans jamais parvenir à pénétrer le secret de cette confrérie. Le secret de la maçonnerie est inviolable par sa propre nature, puisque le maçon qui le sait ne le sait que pour l’avoir deviné. Il ne l’a appris de personne. Il l’a découvert à force d’aller en loge, d’observer, de raisonner et de déduire. Lorsqu’il y est parvenu, il se garde bien de faire part de sa découverte à qui que ce soit, fût-ce à son meilleur ami maçon puisqu’il n’a pas eu le talent de le pénétrer, il n’aura pas non plus celui d’en tirer parti en l’apprenant oralement. Ce secret sera donc toujours secret. Tout ce qu’on fait en loge doit être secret ; mais ceux qui par une indiscrétion malhonnête ne se sont pas fait un scrupule de révéler ce qu’on y fait n’ont pas révélé l’essentiel. Comment pouvaient-ils le révéler s’ils ne le savaient pas S’ils l’avaient su, ils n’auraient pas révélé les cérémonies. » (Casanova, Histoire de ma vie, Paris, Robert Laffont, 1993, collection « Bouquins », T.I, p. 553.)

http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_expositions/f.casanova.html

Nous reviendrons au moment de l’exposition sur le parcours maçonnique de Casanova qui présente quelques points intéressants.

(A suivre…)

Le Grand Orient chez les Jésuites !

23 Sep

Page du "Tableau de Paris" de Louis-Sébastien Mercier consacrée à l'installation du GODF

Document irremplaçable et témoignage… (non j’arrête c’est la notice Wikipédia !). Publié à partir de 1781, le Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) se lit comme un reportage sur la vie dans la capitale pendant les années qui précèdent la Révolution.  Au fil de courts chapitres (assez proches dans l’esprit des modernes posts de nos blogs) Mercier décrit les métiers, les lieux, les types sociaux, les événements… tout ce qui lui paraît caractéristique de la vie parisienne de son temps. Cette véritable enquête est aujourd’hui considérée comme un classique de la littérature française du XVIIIe siècle. Or Mercier, qui est Maçon et membre de la loge Les Neuf Sœurs, a consacré quelques pages de sa vaste fresque au bâtiment dans lequel s’installe le Grand Orient en 1778. Le texte ne manque pas de piquant. Il faut dire que les dignitaires maçonniques avait loué… l’ancien noviciat des jésuites ! Voilà de quoi mettre en joie l’alerte plume de notre chroniqueur :

« O changement ! O instabilité des choses humaines ! Qui l’eut dit ! Que des loges de Francs-maçons s’établiraient rue du Pot de Fer, au Noviciat des Jésuites, dans les même salles où ils argumentaient en Théologie ; que le Grand Orient succéderait à la Compagnie de Jésus ; que la loge philosophique des Neuf Sœurs occuperait la chambre de méditation des enfants de Loyola ; que Mr. De Voltaire y serait reçu Franc-maçon en 1778 ; & que Mr. de la Dixmerie lui adresserait ces vers heureux : « Qu’au seul nom de l’illustre Frère/ Tout Maçon triomphe aujourd’hui/S’il reçoit de nous la Lumière/ Le monde la reçoit de lui ». Que son éloge funèbre & que son apothéose enfin se célèbreraient avec la plus grande pompe, dans le même endroit où l’on invoquait Saint François Xavier. O renversement ! Le vénérable assis à la place du père Griffet : les mystères maçonniques remplaçant… je n’ose achever. Quand je suis sous ces voûtes inaccessibles aux grossiers rayons du soleil, ceint de l’auguste tablier, je crois voir errer toutes ces ombres jésuitiques, qui me lancent des regards furieux et désespérés, dans la même salle où on l’avait tant de fois maudit théologiquement. Ainsi l’a voulu le Grand Architecte de l’Univers ; il fut loué d’avoir combattu pendant soixante ans le fanatisme et la superstition… »

L’ancien Noviciat des jésuites, où siégea le Grand Orient jusqu’en 1793, était à peu près à l’endroit où se trouve aujourd’hui le commissariat de police de la place Saint-Sulpice. Le bâtiment, et la rue du Pot de Fer elle-même, ont disparu dans les travaux haussmanniens du Second Empire. On notera qu’un certain anticléricalisme souvent associé à la Maçonnerie de la Troisième République avait des précédents !