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Mise en appétit

30 Déc

Convivialité, sociabilité, réjouissances…voici des mots qui marquent à n’en pas douter la franc-maçonnerie. Le terme agapes, repris par la franc-maçonnerie, dérive du grec et désigne initialement le repas partagé avec amour par les premiers chrétiens. Depuis les origines de l’ordre, les rituels de repas font partie intégrante des réunions des Frères auxquels se joint, bien vite, la gent féminine. Lithographies représentant des tablées, verres au large pied levés pour les santés (verres canon), assiettes en porcelaine et faïence ornées de symboles maçonniques, couverts en argent gravés, moule à gâteau en forme d’équerre et de compas, etc. le maçon est bon vivant et les objets rappelant les festins fraternels ne manquent pas. Au demeurant, les premières loges ne se retrouvaient-elles pas à l’origine dans les tavernes ?

Imprimés sur tissu, manuscrits, dessinés, présentés sous forme d’un triangle, d’un rectangle ou bien de manière plus classique en deux volets…les loges et les obédiences n’omettent pas d’afficher les mets qui composent leurs banquets plus ou moins sophistiqués : potages, salades, coquillages, poissons, volailles, foie gras, entremets, desserts… Toutes les occasions sont bonnes pour partager des agapes : repas de fin de convent, repas faisant suite à une cérémonie, fêtes solsticiales, célébration anniversaire de loge, fête laïque d’adolescence et d’adoption, hommage à un frère, repas concluant une tenue blanche… Le constat est clair : le maçon a un lien affectif avec son assiette. Les plats se suivent depuis les hors-d’œuvres jusqu’au café et aux liqueurs. Composés généralement d’au moins trois plats, les menus varient en richesse et subtilité selon l’époque, le lieu géographique et le contexte social et économique.

Les poèmes et les chants accompagnent souvent ce moment festif comme l’atteste le recueil de chansons maçonniques françaises publié dès 1737 par le Frère Naudot.

Sur cette mise en bouche festive, l’équipe du musée vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année, dans la joie, la bonne humeur et pour le plaisir de vos papilles. Santé ! A l’année prochaine !

Héraldique maçonnique

9 Déc

Armoiries du grade de Kadosh d'après Bouilly

Le Musée de la Franc-maçonnerie conserve une série de gouaches de blasons des hauts grades du Rite Écossais Ancien Accepté. Une rapide étude permet de découvrir qu’ils sont identiques à ceux publiés par Jean-Nicolas Bouilly en 1837 dans « L’explication des douze écussons qui représentent les emblèmes et les symboles des douze grades philosophiques du Rite écossais dit ancien et accepté ». Nos gouaches sont-elles directement inspirées de l’ouvrage de Bouilly ou, au contraire, en sont-elles les originaux ? C’est difficile à dire. C’est en tout cas l’occasion de rappeler que, depuis le XVIIIe siècle, il existe une tradition d’héraldique maçonnique. Bien qu’affaiblie, elle se maintint au XIXe siècle, en particulier dans les hauts grades. Les « écussons » de Bouilly en sont l’un des plus notables témoignages. Bien sûr, comme une large part de l’héraldique du XIXe siècle – à commencer par l’héraldique impériale dont on peut ici percevoir quelques rappels – les armoiries proposées par l’Ill:. F:. Bouilly (il était l’un des principaux dignitaires du G:.O:.D:.F:. ) prennent de grandes libertés au regard des règles de la « Science Héroïque ». La mise en armoiries des symboles des grades vise d’abord à souligner leur dimension chevaleresque. De plus, depuis la Renaissance, la littérature héraldique affirme que le blason a un « sens mystique ». Le travail de Bouilly a d’ailleurs retenu l’attention d’auteurs versés dans l’ésotérisme. Ainsi, René Guénon le cite longuement dans « L’ésotérisme de Dante », il y voit une preuve de « la connexion entre les ordres de chevalerie et l’hermétisme ». Les commentaires dont Bouilly accompagne les blasons résument en partie les idées développées par Vassal dans son Cours complet de Maçonnerie ou Histoire générale de l’initiation…

Un beau bijou de haut grade retrouvé… à Bruxelles

21 Oct
L’équipe du Musée de la Franc-maçonnerie de Paris s’est rendue – « en corps constitué » ! (conférenciers, conservation…) – à Bruxelles pour une rencontre avec l’équipe du Musée Belge de la Maçonnerie le Week-end dernier. Nous reviendrons sur cette sympathique et importante visite qui illustre les liens étroits entre nos deux Musées. Nous voudrions présenter aujourd’hui une pièce découverte au détour d’une vitrine rue de Laeken. Il s’agit d’un bijou du grade de Chevalier Kadosh datant probablement du début du XXe siècle. Les Musées sont souvent fiers, à juste titre, de leurs pièces les plus anciennes… Mais les objets du XXe siècle peuvent aussi être des témoignages tout à fait intéressants des évolutions de la Franc-maçonnerie. Bien que nous n’ayons malheureusement pas cette pièce dans nos collections à Paris (« snif » comme on lirait dans une BD belge!), nous connaissions fort bien ce bijou. Il orne en effet le portrait « maçonnique » d’André Lebey, le Grand Orateur du Grand Collège des Rites dans les années 1920. Auprès du Grand Commandeur Camille Savoire, André Lebey fut un des artisans du « réveil » des hauts grades rue Cadet dans l’Entre-deux-guerres. Non que ceux-ci aient disparus, mais ils étaient entrés dans une sorte de léthargie et n’étaient plus que des « honneurs maçonniques » dont on revêtait les Frères méritants. Aidé de Lebey, Camille Savoire va remettre au travail les Chapitres et Conseils et complètement réorganiser le Suprême Conseil du Grand Orient de France. Ce beau bijou témoigne du dynamisme retrouvé des hauts grades dans les années 1920. Lebey, qui est aussi un des grands collectionneurs d’objets maçonniques de cette époque, avait probablement choisi ce bijou avec soins.