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Une acquisition exceptionnelle pour le Musée

25 Nov

Le Musée de la Franc-maçonnerie vient d’acquérir une très belle tabatière. le boîtier est en corne de la façon la plus classique, mais le couvercle présente une charmante miniature peinte enchâssée dans une monture dorée . On y voit une étonnante scène de sociabilité maçonnique, pleine de fraîcheur, autour d’un temple imaginaire, dans une cité idéale aux évocations antiquisantes. Les Frères s’accueillent, se tiennent à l’ordre, se font l’attouchement, devisent avec aménité…  allant et venant autour de l’édifice en kiosque, au sommet duquel on lit ou devine la devise du silence maçonnique tirée des Instructions: observer, méditer et se taire. Cet objet, exceptionnel, est datable des années 1740. Il témoigne incontestablement d’une certaine idée de l’Ordre dès ses origines. En outre, il fournit des informations sur les comportements et les décors des personnages des débuts de la maçonnerie en France. On y voit en particulier les types de tabliers qui sont alors portés, sur lesquels on n’a pas toujours beaucoup d’informations, et les rubans bleus avec l’équerre, ancêtres des sautoirs actuels des vénérables. Nous sommes ici en présence, sans doute, d’une des plus anciennes pièces maçonniques françaises connues, dont il restera à faire une étude approfondie.

Qui dit poinçon dit date !

4 Nov

Parmi les pièces remarquables que l’on peut voir au musée, se trouve un petit bijou en argent et strass, représentant une échelle à 5 marches, symbole caractéristique de la maçonnerie féminine dite maçonnerie d’adoption. Evocation de l’Echelle de Jacob, allégorie des cinq sens et des vertus vers lesquelles les maçonnes doivent tendre, ce symbole apparaît selon certains rituels dès le grade d’apprentie. Toutefois, c’est au troisième grade, celui de Maîtresse, que le bijou s’impose dans le décor des Dames selon le recueil du chevalier Guillemain de Saint Victor, « La Vraie maçonnerie d’adoption ; Précédée de quelques Réflexions sur les Loges irrégulières & sur la Société civile, avec des notes critiques & Philosophiques: et suivie de cantiques maçonniques. Dédiée aux dames Par un Chevalier de tous les Ordres Maçonniques ». Publié en 1779, cet ouvrage structura l’organisation des Loges dites d’adoption et leur fonctionnement rituélique jusqu’au début du XIXe s. Identifier la provenance et dater des bijoux maçonniques reste particulièrement difficile, les métaux étant souvent refondus. Or, l’étude minutieuse de cette petite échelle a permis de distinguer sur la bélière la présence d’un poinçon représentant un crabe. Cet insigne nous a permis non seulement de dater avec plus de précision ce bijou, mais d’identifier également sa provenance ; ainsi, nous pouvons affirmer qu’il aurait été fabriqué par un atelier de la région lyonnaise aux alentours 1768-1775. Les informations écrites sur la maçonnerie féminine avant 1774 et les objets s’y rapportant étant rares, une telle découverte permet d’éclairer un peu plus un pan de son histoire.

Le tableau de la déclaration des droits de l’homme : une œuvre maçonnique ?

14 Oct
La déclaration des droits de l’Homme par Le Barbier (1789)

Le célèbre tableau attribué à Jean-François Le Barbier l’Ainé représentant, dans un décor symbolique, les 17 articles de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen est une pièce importante de l’iconographie de la Révolution Française. C’est aussi une œuvre clef pour tenter de cerner les liens entre la symbolique révolutionnaire et la Franc-maçonnerie. Selon la formule classique, cette peinture était célèbre mais finalement assez mal connue. La Revue des Musées de France-Revue du Louvre vient de lui consacrer une étude passionnante due à la plume de Julie Viroulaud sous le titre Jean-Jacques François Le Barbier L’Ainé et les francs-maçons : autour d’une œuvre d’inspiration maçonnique, La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. L’auteure rappelle que le tableau de Le Barbier fut à l’époque abondamment diffusé dans le public par de nombreuses estampes : Eau-fortes, « images d’Epinal »… et même papiers peints ! L’Assemblée nationale lui donna un statut quasi officiel. D’emblée la présence du delta rayonnant, des deux colonnes et de l’ouroboros a suggéré un rapport avec la symbolique maçonnique. Le Barbier était-il maçon et la peinture doit-elle être lue comme une œuvre maçonnique ? C’est tout l’enjeu de cette étude. Après avoir présenté les emprunts du peintre au vocabulaire iconographique de la Franc-maçonnerie, Julie Viroulaud s’attache à explorer les liens éventuels de Le Barbier avec les loges. On ne le retrouve pas dans les listes classiques de Maçons du XVIIIe siècle, mais celles-ci sont incomplètes puisque les archives sont lacunaires. En revanche, Le Barbier a été à plusieurs reprises associé aux travaux publiés par la loge Les Neuf Sœurs… dont malheureusement les archives ont presque complètement disparues, rendant impossible, pour le moment, la démonstration incontestable de sa qualité maçonnique. Mais devant tant de coïncidences… l’opinion du lecteur est faite. Voilà en tout cas un article important à lire absolument et à mettre dans ses dossiers.

http://www.rmn.fr/francais/acheter/un-livre-une-revue/le-petit-journal-et-les-revues-191/la-revue-des-musees-de-france